Bonjour,
Il fut un temps où la pêche était le cœur et le poumon de nos côtes Bretonnes.
Naître sur celles-ci, qui plus est dans un port, faisait de nous aussi des fils et des filles de la mer.
Petit, pêcher s'apprenait en même temps que de marcher.
Une tige, un fil, un hameçon ou une épingle nous donnaient accès au spectacle fascinant des gobies qui, sortis des interstices du pont de sauvetage à Pors Even s'attaquaient avec une voracité de piranhas aux berniques devenus appâts. Tout autant, était fascinante la promenade hebdomadaire à Loguivy et pas si rassurante que cela pour un petit bonhomme le long des viviers du mareyeur remplis de tourteaux de homards et de langoustes débarqués la veille en provenance des Roches Douvres. Fascinant encore la vie des mares peuplées de crevettes, de crabes verts ou rouges, de pen toufen, de cailloux aux couleurs de Rubis, de méduses colorées. Fascinant toujours les raies immenses, les turbots, les soles et les limandes, les congres si longs, les roussettes à peau rêche, les lieus jaunes si grands que leur caudale dépassait des grands bacs à poissons, les bars énormes luisants et magnifiques, les maquereaux raidis, les lottes préhistoriques, les bouquets encore vivants, les étrilles en cavale, les bigorneaux noirs, les praires et les ormeaux....
Tout sentait et respirait la pêche.
Les bateaux, le goudron, les caisses de poissons débarquées, les filets alignés pour être reprisés, les montagnes de casiers attendant la morte eau, les bistrots et les restos, les pardons et leurs bénédictions.
Puis, un peu plus grand, en vélo jusqu'à la pointe de la Trinité. Après une nuit somnolente dans l'attente de l'heure du départ, arrivé aux lueurs du jour levant et poser le flotteur blanc à tête rouge sur les flots. Quelques secondes, immobile, il partait dévaler le courant en dansant dans les vagues, disparaissant et réapparaissant, voguant tel un petit navire jusqu'au moment où stopper net d'un coup , d'un seul, il disparaissait sous la surface. La ligne alors se tendait et l'attendu tant espéré arrivait. Lâ bas, au loin, au bout du fil de nylon un poisson piqué combattait.
Promesse tenue, joie immense, excitation à son comble! Bien loin de ramener les baleines rêvées quelques heures auparavant, arrivaient au caillou des lieus jaunes bien plus modestes par leur tailles certes , mais tout aussi beau dans leur robes cuivrées.
Un peu plus tard, ados en mobylette, aux aurores ou à la nuit tombante, monter et descendre les falaises abruptes de Minard pour chercher et rechercher encore la magie de la touche pour la première fois rencontrée et la promesse d'une prise presque à chaque fois tenue.
Une passion de tous les instants, dévorante et insatiable.
En voiture plus tard car la vie nous avait éloignés de nos côtes et de nos falaises ...et de nos poissons!
Et enfin en bateau.
Pêcher et pêcher encore pour voir et revoir disparaitre d'un coup, d'un seul, le bouchon blanc à tête rouge.
Nos pêches un peu grossières, sans grande précision avec bien trop de prélèvements furent traversées, des années plus tard, par la révolution venue de l'eau douce et du Japon.
On apprit à lire l'eau, à pêcher fin, à lancer avec des poids plumes et à remplacer nos vifs par des leurres aussi vrais que vrais aux couleurs de bonbons. On apprit les hards baits, les softs baits, la tresse et le fluoro, apprit à djerker et twicher, apprit les actions de pointe et le slow jig et on apprit même à pêcher des poissons de fond en surface.
On apprit à comprendre le qui, quoi, comment, à pècher moins mais à leurrer mieux, à prélever avec parcimonie et quand il le fallait à ''no killer'' pour préserver autant que faire se peut une ressource totalement épuisée.
L'électronique nous montrant ce que l'on était en train de pêcher et les semis rigides nous permettant d'aller plus loin, plus vite.
On apprit beaucoup et on peut apprendre encore tant la pêche de loisir imagine, crée, innove, propose...
Une formidable aventure d'intelligence et de passion qui pousse des milliers et des milliers d'entre nous sur les plages, sur les rochers, sur les quais, dans les ports, le long des berges des rivières, des étangs et les lacs, sur l'eau et les océans!
Tout cela et tout ce monde pour un simple petit bouchon blanc avec une tête rouge qui disparait sous la surface d'un coup, d'un seul!!
Je vous propose de partager avec moi cette fantastique quête de la '' Touche''
Claude, Guide de pêche en mer
(A mon Frère)
La pêche industrielle dans les aires marines protégées est une catastrophe écologique, un scandale politique et un désastre social !!!
Ne laissez pas faire…